Une société juste se reconnaît à la manière dont elle permet à chacun·e de grandir, d’apprendre et de vivre librement.
Pourtant, dès l’enfance, nos destins restent profondément marqués par les inégalités sociales, les discriminations, le handicap ou les normes de genre. Ces inégalités ne sont pas une fatalité. Elles sont le produit de politiques qui reproduisent les hiérarchies plutôt qu’elles ne les corrigent.
L’égalité réelle ne se décrète pas : elle se construit par des politiques capables d’émanciper plutôt que de trier, d’accompagner plutôt que d’exclure.
L’enfance est le moment où se forment le rapport au savoir, à soi-même et aux autres. C’est pourquoi les politiques de l’enfance, l’École et les institutions qui entourent les jeunes doivent être les piliers d’une République qui protège et donne à chacun·e les moyens de choisir sa vie.
Chaque année, nous décomptons le nombre de féminicides perpétrés. Corriger les inégalités issues de la culture patriarcale ne suffit pas.
Il faut attaquer à la racine ce système sur lequel toute notre société s’est fondée.
Chapitre 10 – Pour un droit à l’enfance

Une société qui ne prend pas soin de ses enfants est une société qui se condamne à la violence. Les enfants sont les citoyens d’aujourd’hui, les adultes de demain. Ils sont des sujets de droits pleins et entiers, garantis par la Convention internationale des droits de l’enfant, et leur intérêt supérieur doit guider les politiques publiques qui les concernent.
Aujourd’hui, pourtant, de nombreux enfants meurent encore sous les coups et les violences banalisées. 160 000 enfants sont, chaque année, victimes de violences sexuelles. L’aide sociale à l’enfance est au bord de la rupture. La mouvance « no kids » veut invisibiliser nos enfants de certains espaces publics. Les comparaisons internationales de l’OCDE placent désormais notre pays en situation de décrochage sur la quasi-totalité des indicateurs liés à l’enfance.
Fidèles aux valeurs socialistes, nous voulons une jeunesse libre, consciente et protégée, avec l’intérêt supérieur de l’enfant au cœur de toutes nos décisions publiques. Chacun a droit à l’enfance : un moment où notre vulnérabilité doit être prise en compte et protégée par la puissance publique.
Prendre soin de la petite enfance
Les premières années de la vie, de la naissance à l’entrée à l’école, sont déterminantes pour le développement cognitif, affectif et social de chaque enfant. Depuis 10 ans, la hausse des inégalités entre les enfants dégrade leur santé mentale et polarise leur parcours de vie. Investir dans cette période, c’est agir concrètement pour l’égalité des chances, la cohésion sociale et la prospérité de notre société. Pourtant, de nombreux défis persistent : inégalités d’accès aux modes de garde, précarité des familles, manque de reconnaissance des professionnels, ou encore insuffisance des espaces d’accompagnement à la parentalité. Nous devons assurer un véritable service public de la petite enfance, fondé sur la prévention, l’inclusion et l’innovation sociale. C’est aussi à cette condition que la natalité pourra retrouver sa force.
Propositions
- Créer un ministère de l’Enfance de plein exercice et renforcer les moyens de son conseil scientifique national, chargé de conduire une stratégie interministérielle de prévention et de protection de l’enfance.
- Garantir les mêmes droits à chaque enfant par l’adoption d’un code de l’enfance rassemblant droits, libertés et garanties spécifiques.
- Mettre la prévention au cœur, avec la mise en place d’un plan national de prévention et le renforcement massif de la PMI et de la prévention spécialisée.
- Créer un grand service public de la petite enfance (SPPE) pour garantir à chaque famille l’accès à des services de garde d’enfant de 3 mois jusqu’à 3 ans. Face au déficit de 200 000 solutions d’accueil, déployer massivement les crèches publiques et associatives. Encadrer strictement les structures privées à but lucratif.
- Revaloriser les personnels des métiers de la petite enfance et rendre la formation accessible et attractive. Exiger l’examen des casiers judiciaires pour tous les professionnels intervenant au sein des structures de la petite enfance.
- Soutenir les familles dans les 1 000 premiers jours de l’enfant, à travers un accès gratuit et effectif aux structures d’accueil de la petite enfance de qualité sur le modèle des « maisons des 1 000 premiers jours », pour garantir un continuum de la périnatalité à l’autonomie.
- Soutenir la garantie européenne pour l’enfance pour que tout enfant vivant en Europe et menacé de pauvreté ou d’exclusion sociale ait accès aux droits fondamentaux (soins de santé, éducation, etc.).
Éradiquer les violences faites aux enfants
Les violences faites aux enfants ne sont pas des faits divers, mais un problème structurel et culturel qui touche davantage les enfants des milieux populaires et en situation de handicap. Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles, souvent commises par des proches. Les violences psychologiques telles que l’humiliation, la terreur, le chantage ou le contrôle coercitif des enfants restent largement minimisées. Notre société est aussi de plus en plus et structurellement hostile aux enfants dans l’espace public et les lieux publics. La place moins importante laissée aux enfants dans les espaces publics et à l’extérieur a des effets sur leur développement, leur apprentissage des relations sociales et leur rapport à la nature et à l’environnement. Nous refusons de considérer les violences faites aux enfants comme une fatalité qui relève de l’intime et du familial : nous faisons de leur éradication complète un objectif central. Protéger les enfants, c’est investir dans l’avenir, et rompre avec un système qui tolère l’humiliation et l’exploitation. Une société juste commence par la sécurité de ses enfants.
Propositions
- Protéger les enfants face aux violences intrafamiliales, en garantissant l’éloignement immédiat de l’auteur des violences du domicile familial, et en généralisant les dispositifs de détection et d’accompagnement systématique à l’école, dans le système de santé et dans le sport. Les violences de nature psychologique contre les enfants doivent être reconnues et sanctionnées dans le code pénal. Les enfants témoins de violences conjugales seront reconnus comme victimes directes et se verront financer entièrement leurs démarches juridiques.
- Créer une réponse intermédiaire entre le maintien à domicile et le placement classique des enfants, à travers le développement de dispositifs de protection familiale renforcée résidentielle destinés aux situations de violences intrafamiliales.
- Former obligatoirement tous les professionnels en contact avec des enfants pour apprendre à repérer les enfants victimes de violences et à recueillir leur parole.
- Renforcer le droit pénal en matière de violences sexuelles et d’inceste, créer un délit spécifique d’inceste sur les enfants, pour limiter les possibilités de requalifier les faits. Supprimer l’obligation alimentaire des enfants vis-à-vis des parents auteurs de violences.
- Garantir un accès gratuit et effectif à un petit-déjeuner équilibré chaque jour d’école aux enfants fréquentant l’établissement.
- Permettre l’attribution de la pension des pupilles de la Nation au-delà de 21 ans dans la limite de 26 ans en cas de poursuite d’études.
Reconstruire l’aide sociale à l’enfance
La protection de l’enfance traverse une crise profonde. En vingt ans, le nombre de mineur·es et de jeunes majeurs suivis par l’Aide sociale à l’enfance a fortement augmenté, tandis que leurs conditions de prise en charge se dégradent. Les placements en établissement ont bondi de plus de 50 % en dix ans, révélant un système saturé qui agit trop tard et avec des moyens insuffisants. Trop d’enfants quittent encore l’ASE sans diplôme, sans ressources, parfois directement à la rue. Les professionnels s’épuisent et les structures se fragilisent. Cette défaillance expose aussi certains jeunes à des risques majeurs, notamment l’exploitation sexuelle qui concernerait 20 000 jeunes filles placées. Face à la pénurie d’éducateurs, d’assistants familiaux et de psychologues, il devient urgent que la puissance publique assume pleinement sa responsabilité : protéger l’enfance doit redevenir une priorité nationale.
Propositions
- Construire un véritable parcours de l’enfant protégé grâce à la nomination d’un référent ASE dans chaque académie pour suivre les parcours scolaires et la santé.
- Mettre fin aux défaillances profondes de l’ASE qui mettent les enfants en danger, en mettant fin aux sorties sèches et en créant un choc d’attractivité et de sélectivité des métiers de l’ASE, sur la base d’un plan de recrutement de professionnels, d’une hausse des rémunérations, d’une réduction du nombre d’enfants suivis par chaque travailleur social. Systématiser et renforcer les enquêtes lors des recrutements et post-recrutement, assurer une vigilance sur les adultes à qui sont confiés les enfants.
- Renforcer la formation des éducateurs de l’ASE pour mieux les outiller face aux situations de danger imminent (prostitution, toxicomanie, violence). Revoir la formation initiale des familles d’accueil et doter les assistantes sociales d’une formation sanitaire renforcée.
- Organiser un audit général de tous les établissements et organismes chargés d’accueillir des enfants, pour identifier les failles et déceler plus rapidement les cas d’exploitation sexuelle.
- Garantir une protection effective contre l’exploitation sexuelle des mineures placées en renforçant les moyens de prévention et de formation des encadrants, mais aussi en renforçant les liens entre l’ASE et l’ensemble des acteurs locaux de la prévention et du soutien pour améliorer la prise en charge des jeunes victimes.
- Renforcer l’égalité de traitement des mineurs non accompagnés grâce à la présomption de minorité, pour garantir un accès aux droits et assurer une prise en charge identique à celle des autres jeunes. L’État garantit durant la période d’attente de la décision de justice une scolarisation immédiate, sans attendre l’issue de l’évaluation.
- Encadrer strictement les opérateurs privés dans la prise en charge des enfants confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance. Réserver l’hébergement, l’accueil et l’accompagnement des mineurs protégés aux seuls opérateurs publics et associatifs à but non lucratif, afin que la protection de l’enfance ne puisse constituer une source de profit.
Protéger les enfants en ligne et face aux écrans
Le rapport des enfants aux écrans est un révélateur brutal de la société que nous laissons s’installer. Face à l’explosion des usages numériques, nous ne pouvons plus détourner le regard : les risques psychologiques, physiques et sociaux liés à l’exposition précoce et excessive aux écrans sont désormais largement documentés. C’est le développement même de nos enfants qui est menacé. Les plateformes exploitent la vulnérabilité des enfants, transformant leur attention en profit, tandis que la diffusion de contenus pornographiques et violents déforme la sexualité et traumatise. Dans une société déjà inégalitaire, le numérique aggrave les fractures sociales. Notre responsabilité politique est claire : protéger l’enfance en ligne, et face aux écrans.
Propositions
- Renforcer la prévention visant les familles pour éviter l’exposition aux écrans des enfants de moins de 3 ans, puis la limiter jusqu’au développement complet du cerveau.
- Porter à l’échelle européenne un « RGPD-2 » visant à garantir la sécurité numérique des enfants, en permettant un contrôle encadré des messageries en ligne, sur les réseaux sociaux et autres plateformes (Discord, jeux vidéo…).
- S’attaquer à la pornocriminalité et à la pédocriminalité en ligne en appliquant effectivement les lois en vigueur pour responsabiliser les plateformes, hébergeurs et intermédiaires, avec confiscation des profits et suppression immédiate des contenus. Renforcer les moyens de lutte contre la pédocriminalité en ligne avec une police sur internet mieux dotée : formations, recrutements, outils techniques et technologiques (IA).
- Promouvoir auprès des jeunes des jeux-vidéos véhiculant moins de stéréotypes violents, sexistes et virilistes. Dialoguer avec l’industrie pour garantir une offre adaptée.
- Renforcer l’encadrement des influenceurs et créateurs de contenus suivis par les mineurs, notamment concernant les contenus violents, sexistes, incestuels.
- Enrayer l’essor et l’accessibilité de la pornographie chez les mineur-es en bloquant l’accès aux sites et en travaillant conjointement avec les fournisseurs d’accès internet.
- Mettre en place, dès l’école primaire, une éducation au numérique responsable pour réduire les inégalités d’usage, et accompagner chaque élève vers une utilisation prudente, consciente et maîtrisée du numérique et des écrans.
- Promouvoir un environnement de l’enfant où le numérique n’est pas la norme, en y limitant l’omniprésence des dispositifs de communication numérique et de l’interactivité numérique accessible aux enfants, et en favorisant le rapport aux livres, aux histoires audio, à la musique, à l’art.
Chapitre 11 – Apprendre, se former, garantir à tous les mêmes chances

Avoir le sentiment de réussir, d’avancer dans sa vie, est bien souvent le premier levier d’épanouissement. C’est pourtant face à un parcours semé d’embûches que l’écrasante majorité des Françaises et des Français se retrouve. Le lieu de naissance et l’origine sociale demeurent les premiers facteurs explicatifs du parcours scolaire, de la formation initiale et de la réussite professionnelle.
Chaque enfant doit pouvoir choisir sa voie, et non subir son destin. Pour que chacun puisse s’épanouir pleinement, nous devons refaire de l’école le moteur de l’égalité républicaine, lutter contre les discriminations et le harcèlement, et garantir à toutes et tous un accès réel aux études, à l’émancipation et à l’avenir qu’ils souhaitent construire.
La réussite ne se mesure pas à un diplôme, mais à la possibilité de réaliser son potentiel. Reconnaître les compétences, l’expérience et les savoir-faire de chacune et chacun, c’est permettre à tous les parcours d’être valorisés et offrir à chacun la liberté d’avancer selon ses aspirations, quels que soient son origine, son parcours scolaire ou sa trajectoire de vie.
Refaire de l’école publique le creuset de l’égalité républicaine
En France, le système scolaire fige les inégalités sociales malgré l’engagement des enseignants. La profession, sous-payée, peine à attirer et retenir les talents : un débutant gagne 1,1 SMIC contre 2,2 SMIC en 1980, et le salaire des enseignants expérimentés reste 16 % en dessous de la moyenne OCDE. Nos classes, parmi les plus surchargées d’Europe, et l’organisation du temps scolaire fragilisent les conditions d’apprentissage, pénalisant surtout les élèves défavorisés. Les élèves français sont aussi parmi les plus anxieux de l’OCDE, avec un fort sentiment d’insécurité face au système scolaire, une faible coopération et une faible estime de soi. Les inégalités filles-garçons persistent : les filles réussissent mieux mais restent sous-représentées dans les filières scientifiques et d’excellence. Face à ces défis, seul un dialogue politique large, centré sur l’intérêt supérieur de l’enfant, permettra de reconstruire l’école pour en faire une institution émancipatrice pour tous.
Propositions
- Refonder démocratiquement l’école publique par une convention citoyenne, pour fixer des objectifs clairs à partir d’un diagnostic partagé.
- Revaloriser la rémunération des enseignants pour rattraper la moyenne des pays de l’OCDE et proposer des compléments de rémunération ainsi qu’un accompagnement professionnel renforcé dans les établissements les plus défavorisés. Améliorer la formation continue des enseignants, adaptée à leurs besoins tout au long de leur carrière.
- Transformer le système de mutation des enseignants en réservant un quota de postes dans les établissements scolaires recevant des jeunes socialement favorisés aux enseignants débutants, afin d’éviter la concentration des enseignants les plus expérimentés dans les établissements les plus difficiles.
- Réduire le nombre d’élèves par classe, en fixant un objectif de 19 élèves maximum par classe. Le maintien des effectifs actuels d’enseignants, sans nouvelle dépense, permettrait de faire passer les classes de nos écoles de 22,4 élèves à 18,2 en dix ans.
- Assurer la mixité sociale dans les établissements publics et privés sous contrat.
- Conditionner les contrats d’association entre l’État et les établissements privés à des objectifs de mixité scolaire, moduler les dotations en fonction du respect de ces objectifs et généraliser la prise en compte du critère de l’IPS (indice de position sociale).
- Interdire les subventions supplémentaires pour le financement des établissements privées.
- Redéfinir de manière concertée la carte scolaire en intégrant la mixité sociale comme critère, y compris pour l’enseignement privé sous contrat.
- Dresser le bilan des expérimentations existantes pour favoriser la mixité scolaire, à l’image de celle menée dans les collèges en Haute-Garonne, impliquant la fermeture d’établissements très défavorisés pour réaffecter les élèves vers d’autres établissements plus favorisés.
- Renforcer les moyens alloués aux établissements scolaires des quartiers prioritaires et y développer une offre éducative attractive : sections internationales, classes à projet artistique ou scientifique, classes préparatoires en lycée, sections de techniciens supérieurs.
- Repenser le « temps de l’enfant » dans sa globalité. En lien avec les collectivités locales et les acteurs de l’éducation populaire, réduire le temps scolaire quotidien sur la base de cinq journées par semaine et modifier dans ce cadre l’organisation globale du temps scolaire sur l’année, en réduisant la durée des congés d’été. Le temps libéré des enfants durant l’après-midi doit leur permettre de s’investir dans des temps périscolaires accessibles à toutes et à tous.
- Améliorer la réussite scolaire à travers un changement de pédagogie pour développer les compétences socio-comportementales des enfants et la coopération, plutôt que la seule performance académique.
- Reconstruire et renforcer les réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED) afin de développer une politique de prévention précoce des difficultés scolaires, relationnelles et psychiques.
- Favoriser un usage raisonné du téléphone portable dans les établissements scolaires et les interdire dans les classes.
- Garantir à l’ensemble des établissements scolaires un accès équitable aux équipements pédagogiques, numériques, scientifiques, techniques, culturels et sportifs nécessaires à la réussite des élèves. Mettre en place un soutien financier renforcé de l’État aux communes ne disposant plus des moyens suffisants pour assurer ces investissements.
- Lutter contre le décrochage scolaire et parvenir à l’objectif « zéro décrocheur » à travers un accompagnement individualisé de la réussite éducative. Mettre en place pour ce faire un référent éducatif pour les élèves en décrochage scolaire ou pouvant présenter des signes de décrochage.
- Mettre l’égalité entre les filles et les garçons au cœur de la culture scolaire en formant les personnels à repérer et combattre les stéréotypes, en sensibilisant les élèves, en garantissant une orientation non genrée, en menant des actions éducatives régulières (ateliers, débats, modèles féminins) et en luttant contre les VSS. Inscrire ces enjeux dans le pilotage des établissements. Interdire les enseignements non-mixtes dans les établissements publics et privés sous contrat.
- Garantir une orientation libre et éclairée des élèves en dehors des déterminismes sociaux, à travers un nouveau service public de l’information et de l’accompagnement éducatif individuel, avec des parcours de découverte obligatoires des métiers scientifiques, techniques et numériques dès le collège, avec garantie de mixité. Développer l’alternance à tous les niveaux de formation comme parcours de réussite et de promotion sociale. Renforcer le rôle et les moyens des régions en termes d’orientation professionnelle.
- Faire de l’école rurale publique un laboratoire d’innovations pédagogiques : avec une démographie en baisse, pour éviter les fermetures d’écoles, expérimenter des pédagogies innovantes voire expérimentales, développer des projets ancrés dans le territoire et créer des réseaux d’écoles rurales pour mutualiser les moyens.
Mettre fin au harcèlement scolaire
Le harcèlement scolaire est un fléau très répandu qui touche tous les âges. 16 % des collégiens et lycéens en France déclarent avoir été victimes de harcèlement scolaire. En 2025, selon l’association e-enfance, 35 % des jeunes disent avoir subi du harcèlement et 18 % du cyberharcèlement. Depuis la rentrée 2023, le programme PHARe (plan de prévention du harcèlement) est obligatoire dans tous les établissements scolaires : écoles, collèges et lycées publics. Plus de 115 000 élèves ambassadeurs sont formés dans le cadre de ce programme et des résultats commencent à apparaître. Pourtant, ce programme ne suffit pas. La lutte contre le harcèlement scolaire nécessite des actions à la fois préventives, pour réduire les comportements de harcèlement avant qu’ils ne se manifestent ; des mécanismes de détection rapide des situations de harcèlement (physique, verbal ou cyber) ; des interventions efficaces pour protéger les victimes, responsabiliser les harceleurs et restaurer un climat scolaire sain. Toute la communauté éducative – élèves, enseignants, personnel, parents – doit être formée.
Propositions
- Mieux protéger les victimes de harcèlement scolaire, leur garantir un accès immédiat à un accompagnement psychologique. Le principe devra être clair : ce n’est pas à la victime de quitter son établissement pour retrouver des conditions normales de scolarité. Lorsque la situation le justifie, le déplacement de l’auteur des faits devra être privilégié.
- Prévenir le harcèlement scolaire par l’éducation émotionnelle et relationnelle, en créant des ateliers d’empathie immersive (théâtre-forum / réalité virtuelle) et des ateliers de compétences psychosociales annuels. Créer un module annuel sur les violences relationnelles, la manipulation affective et le consentement numérique. Instaurer des rituels de cohésion (cercles de parole).
- Responsabiliser et mobiliser les élèves, ainsi que leurs parents, contre le harcèlement scolaire. Mettre en place des conseils « Élèves – Adultes » sur le climat scolaire. Garantir un accompagnement systématique, gratuit et pluridisciplinaire aux familles confrontées aux situations les plus graves de harcèlement scolaire, notamment après une tentative de suicide ou le suicide d’un enfant. Cet accompagnement devra associer un soutien psychologique, une aide administrative et un appui juridique adaptés à leurs besoins.
Garantir l’accès de toutes et tous aux études
L’enseignement supérieur public est un acquis majeur de la République, fruit d’un choix historique de démocratisation et de massification des études. Ce modèle a permis l’élévation générale du niveau de qualification et l’émancipation de millions de jeunes. Mais aujourd’hui, il est gravement menacé par des décennies de sous-investissement et de politiques austéritaires. Les inégalités d’accès aux études, qu’elles soient sociales, territoriales et de genre persistent. Malgré de meilleurs résultats scolaires, les jeunes femmes sont exclues des filières les plus sélectives et les plus rémunératrices, notamment dans le numérique et l’ingénierie. La précarité étudiante atteint des niveaux alarmants : près de 40 % des jeunes quittent le foyer familial sous le seuil de pauvreté. L’affaiblissement du service public de l’enseignement supérieur alimente les fractures sociales et territoriales. La montée du privé lucratif, l’épuisement du système de bourses et l’augmentation des dépenses contraintes enferment la jeunesse dans la sélection par l’argent. Face à cela, un choix politique s’impose : renforcer un service public accessible à toutes et tous, maintenir des frais d’inscription bas, pour refuser que l’avenir des jeunes dépende de leurs ressources.
Propositions
- Pour élever le niveau de formation de la population, garantir un financement socialisé du système d’enseignement supérieur en augmentant significativement les moyens alloués aux universités et aux organismes de recherche. Créer 20 000 postes sur dix ans.
- Abroger « Parcoursup » au profit d’une procédure unique, nationale, publique, démocratique, transparente et humaine d’accès à l’enseignement supérieur. Cette plateforme devra rendre publics les attendus et les modalités d’examen des candidatures. Les démarches devront être simplifiées et l’accompagnement humain renforcé, car l’automatisation excessive de l’orientation des jeunes a des conséquences directes sur leurs parcours.
- Créer un accompagnement individualisé de chaque jeune, une fois en étude.
- Replacer l’université publique au cœur du système d’enseignement supérieur, en intégrant les filières aujourd’hui sélectives au sein des universités, afin d’en finir avec la dualité persistante entre université et grandes écoles qui génèrent un système trop souvent élitiste et cloisonné avec une diversité sociale trop faible. Réguler fermement l’enseignement supérieur privé lucratif qui devra être contrôlé, accrédité et supervisé par l’Etat.
- Soutenir résolument les étudiants afin de leur permettre de vivre dignement pour se consacrer pleinement à leurs études. Construire des logements étudiants publics en nombre suffisant sur tous les territoires avec des dispositifs innovants (partenariats collectivités, bailleurs sociaux ou privés, CROUS). Pérenniser le repas à 1 € dans les restaurants universitaires pour tous les étudiants. Maintenir les bourses étudiantes pendant les vacances scolaires.
- Maintenir des droits d’inscription faibles dans les filières de l’enseignement supérieur afin de garantir un accès large et égalitaire aux études supérieures.
Donner aux jeunes les moyens de décider de leur destin
Génération désenchantée : la jeunesse traverse une crise profonde, marquée par la précarité, les inégalités d’accès aux droits, la crise de la santé mentale, le coût des études, l’exclusion du logement. La France est l’un des pays européens où le passage à l’âge adulte s’inscrit encore dans une forte dépendance familiale. La société doit assumer sa responsabilité et ouvrir un nouveau chemin d’émancipation pour les jeunes, c’est-à-dire l’accès, dès 18 ans, aux conditions matérielles, culturelles, sociales pour leur permettre de choisir leur vie.
Propositions
- Permettre aux jeunes d’accéder à l’autonomie en créant une Allocation d’Autonomie dès 18 ans, pour tous les jeunes en études ou en transition vers l’emploi, conditionnée aux revenus parentaux. La mise en place de cette allocation supprimera la possibilité pour les parents de conserver le jeune adulte dans le foyer fiscal. Étudier la création d’un capital de départ au début de la vie autonome (18-25 ans) sous la forme d’un « compte patrimoine » pour corriger les inégalités de patrimoine.
- Faciliter l’accès au logement des jeunes, en créant des aides spéciales à l’apport immobilier pour jeunes primo-accédants modestes : prêts à taux zéro, garantie publique.
- Aider les jeunes à épargner et investir. Prévoir un compte patrimoine jeune ou « livret avenir » abondé par l’État pour encourager l’épargne patrimoniale dès les premiers revenus.
- Lancer des prêts « Jeunes Patrimoine » à rembourser sur long terme, à taux préférentiel ou nul, pour achat de matériel d’études pro ou d’investissement productif.
- Étendre le dispositif des repas à 1 euro aux étudiants de BTS, aux apprentis, aux jeunes en formation professionnelle et aux étudiants ne relevant pas directement des restaurants CROUS.
Pouvoir réussir même sans diplôme
En France, l’absence de diplôme demeure l’un des principaux facteurs d’inégalités sociales. 68 % des enfants de cadres accèdent aux études supérieures, contre 30 % des enfants d’ouvriers et d’employés. Les personnes peu ou pas diplômées font face à un taux de chômage plus élevé, à davantage de précarité et à des conditions d’emploi plus instables. Les emplois peu qualifiés, essentiels au fonctionnement du pays, sont souvent mal rémunérés, pénibles et instables, tandis que l’expérience et les compétences réelles sont insuffisamment reconnues. La transition écologique et numérique menace d’aggraver ces écarts si un investissement massif dans la formation, la reconversion et l’accompagnement des travailleurs peu diplômés n’est pas fait. Redonner à chacun la possibilité de progresser, d’apprendre et de réussir à tout âge est un impératif de justice sociale et de développement économique. Nous voulons redéfinir la notion de réussite loin de l’élitisme, en valorisant la diversité des parcours, des rythmes et des diplômes, et défendre un modèle qui garantisse le droit réel à la formation et la reconnaissance des compétences tout au long de la vie.
Propositions
- Accompagner les jeunes dans leur parcours de professionnalisation, en particulier les enfants issus de milieux modestes, et promouvoir d’autres modèles de réussite. Prévoir, pour chaque jeune, un véritable droit au stage et une information complète sur les différentes filières d’enseignement supérieure. Instaurer un droit à la reprise d’étude pour pallier les sorties précoces et un véritable droit à la formation tout au long de la vie. Valoriser et réfléchir au développement des années de césure, tout en ayant la possibilité de reprendre ses études.
- Reconnaître les compétences réelles des personnes, en dehors de leur diplôme, dont celles acquises dans l’emploi, via une validation simplifiée et renforcée (VAE).
- Développer les formations pour les personnes sans diplôme, en les rendant gratuites et accessibles, sans avance de frais. Créer un droit effectif d’accéder à des formations qualifiantes ou certifiantes modulées selon le niveau de formation initiale.
- Faciliter les promotions professionnelles et les passerelles entre métiers peu qualifiés et qualifiés, avec des cursus de promotion interne. Mettre en place un dispositif de reconversion dans les secteurs fragilisés vers les secteurs en développement, avec un soutien financier sécurisé.
- Renforcer et accompagner les dispositifs d’insertion des jeunes, en relançant la Garantie Jeunes et en renforçant les dispositifs d’insertion (écoles de la 2e chance, EPIDE, missions locales).
- Augmenter les logements étudiants et jeunes actifs (résidence, habitat social jeunes).
Chapitre 12 – Personnes en situation de handicap : faire de l’inclusion une réalité

Environ 12 millions de personnes en France sont en situation de handicap, dont 80 % présentent un handicap invisible (dont handicap sensoriel, neuroatypique, neurodivergent, mental, cognitif, psychique). Un français sur six. Vingt ans après l’adoption de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la France doit faire un constat lucide : si des progrès ont été accomplis, l’égalité promise aux personnes en situation de handicap reste largement inachevée.
Une société juste se mesure à sa capacité à n’abandonner personne au bord du chemin. Garantir à chacune et chacun les moyens d’apprendre, de travailler et de participer pleinement à la vie collective, c’est faire vivre concrètement les promesses d’autonomie et de dignité.
L’inclusion ne consiste pas à demander aux individus de s’adapter à la société, mais à construire une société qui s’adapte à toutes et tous. En repensant nos écoles, nos lieux de travail et nos services publics pour qu’ils soient réellement accessibles, nous faisons le choix d’une République plus solidaire, plus démocratique et plus forte, où chacun peut trouver sa place et exercer pleinement ses droits.
L’inclusion à l’école
Vingt ans après la loi du 11 février 2005, qui a inscrit l’inclusion scolaire comme principe républicain, la France doit reconnaître le fossé persistant entre ambitions législatives et réalité sur le terrain. Si le nombre d’élèves en situation de handicap scolarisés à l’école a triplé depuis 2006, des inégalités profondes subsistent. Dès l’âge de 3 ans, 78 % des enfants en situation de handicap sont scolarisés contre 98 % des enfants qui ne le sont pas. Les dispositifs d’accompagnement – AESH, ULIS, pôles d’appui – restent sous-financés et précaires. L’école ne doit plus simplement être « accueillante » mais véritablement « adaptée ». L’inclusion n’est pas un simple devoir moral, c’est un enrichissement pour l’ensemble du corps social. Une école où l’on apprend à coopérer avec la différence est une école qui forme des citoyens plus solidaires, tolérants et aptes à vivre en démocratie. Construire une véritable école inclusive suppose de transformer l’institution scolaire afin qu’elle s’adapte aux besoins des élèves, et non que les élèves soient contraints de s’adapter à ses limites.
Propositions
- Soutenir les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) en augmentant fortement leur nombre, en rehaussant leur rémunération, en améliorant leurs conditions de travail, leur formation et en sécurisant leur statut, afin que chaque élève dispose d’un soutien conforme à ses besoins.
- Créer un parcours de diagnostic précoce et d’accompagnement compatible avec les troubles du neuro-développement (autisme, TDAH, troubles dys), intégré à l’école maternelle et élémentaire et recruter des personnels médico-socio-éducatifs pour faire face aux besoins.
- Rendre obligatoire la formation à l’inclusion pour tous les enseignants, incluant la pédagogie adaptée, la collaboration avec les AESH et la connaissance des besoins spécifiques des élèves.
- Mettre en place un Service public territorial de l’École inclusive, pilote de la coordination entre Éducation nationale, médico-social, collectivités et familles, garant d’un accompagnement sans rupture sur tout le territoire. Augmenter le nombre de places pour les élèves en situation de handicap dans les IME et ITEP, afin de leur fournir les soins et l’enseignement adaptés à leurs besoins.
- Financer l’adaptation systématique du matériel pédagogique et des outils numériques scolaires pour permettre une scolarisation effective à l’école, de la maternelle à l’université.
- Créer un poste de coordonnateur École inclusive au sein de chaque académie.
- Étendre l’ambition de l’école inclusive aux temps périscolaires.
L’inclusion au travail
L’emploi est l’une des conditions de l’autonomie et de la pleine participation à la vie de la cité. Pourtant, les personnes en situation de handicap continuent de se heurter à de nombreux obstacles dans l’accès à l’emploi et l’évolution professionnelle. Malgré les progrès accomplis, elles restent largement exclues du marché du travail : en 2023, seules 39 % d’entre elles étaient en emploi, contre 68 % pour la population générale, avec un chômage près de deux fois plus important. Cette situation n’est pas une fatalité mais le reflet d’un système permissif où l’obligation légale d’emploi de 6 % est contournée, transformant l’obligation d’emploi des travailleurs en situation de handicap (OETH) en taxe sur le refus d’inclusion. Postes inadaptés, formation insuffisante, carrières bloquées : l’inclusion est pensée à la marge. Avec l’essor du télétravail et de l’intelligence artificielle, les inégalités pourraient se creuser si des politiques volontaristes ne sont pas mises en œuvre. Il est temps de faire de l’inclusion un choix politique fort, un levier économique et un impératif de justice sociale. Notre ambition : refonder l’emploi des personnes en situation de handicap sur l’universalité, l’accessibilité et la pleine citoyenneté.
Propositions
- Renforcer la mise en œuvre effective de l’obligation d’emploi des travailleurs en situation de handicap (OETH), en améliorant les contrôles, en renforçant les sanctions et en valorisant publiquement les entreprises réellement inclusives.
- Revaloriser les droits sociaux et la rémunération des travailleurs des Établissements et Services d’Accompagnement par le Travail (ESAT).
- Développer l’accès à la formation, à l’apprentissage et aux reconversions professionnelles des personnes en situation de handicap. Relever la barrière d’âge d’accès à l’apprentissage pour les personnes en situation de handicap.
- Créer des pôles d’accompagnement vers et dans l’emploi au sein des agences France Travail rassemblant Etat, collectivités, entreprises et partenaires pour améliorer et accompagner l’insertion professionnelle des travailleurs en situation de handicap.
- Créer un droit opposable à l’aménagement d’horaires compatibles avec les soins médicaux, la rééducation, les traitements et les accompagnements, sans perte de rémunération et systématiser les aménagements raisonnables des postes de travail, condition indispensable à l’accès et au maintien dans l’emploi.
- Préserver l’individualisation de l’Allocation Adultes Handicapés (AAH), afin d’assurer une autonomie réelle et de sortir de la dépendance financière subie. Rehausser le montant de l’AAH au niveau du seuil de pauvreté pour assurer des conditions de vie dignes. Abaisser à 18 ans l’âge d’accès à l’AAH.
- Mettre fin aux obstacles qui entravent encore l’autonomie des personnes en situation de handicap. Un grand plan d’accessibilité universelle « zéro rupture de chaîne » garantira la continuité de l’accès aux transports, aux services publics, à l’espace public et à la culture.
Chapitre 13 – Abolir le patriarcat

Chaque année, nous décomptons le nombre de féminicides perpétrés. 166 féminicides en 2025, c’est encore plus que dix ans auparavant. Le féminicide, acte paroxystique du patriarcat, révèle une réalité : les évolutions législatives, les politiques publiques, les discours ne suffisent pas. Le socialisme a permis de grandes avancées pour l’égalité en matière de droits politiques, de droits reproductifs, d’égalité professionnelle… Face au risque de retour en arrière, observé dans d’autres États, il faut aller plus loin.
L’égalité entre les femmes et les hommes ne pourra devenir une réalité tant que subsistent les mécanismes qui alimentent les inégalités. Agir contre le patriarcat, c’est s’attaquer aux racines des discriminations et des stéréotypes qui traversent encore notre société de la vie privée à l’espace public. C’est permettre à chacune et chacun de disposer pleinement de ses droits, de son corps, tout en libérant chacune et chacun des rôles et des injonctions qui limitent les parcours de vie. Construire une société plus égalitaire, c’est faire le choix de l’émancipation et de la liberté pour toutes et tous.
Tolérance Zéro pour les violences sexistes et sexuelles
Malgré un cadre législatif et des moyens renforcés depuis la levée des tabous avec le mouvement #Metoo, les violences sexistes et sexuelles (VSS) continuent d’opprimer les femmes. Seuls 1 % des viols ou tentatives de viol aboutissent à une condamnation. Plus d’une femme sur deux a déjà subi une violence sexuelle et un viol ou une tentative de viol a lieu toutes les deux minutes trente. Une femme meurt assassinée tous les trois jours par son conjoint ou son ex. Adopter une tolérance zéro face aux VSS implique de s’attaquer à la racine de la violence patriarcale : transformer les consciences, renverser les normes, croyances et rapports de pouvoir qui banalisent la domination masculine dans l’ensemble de nos institutions — école, justice, famille, travail ou médias —, éduquer à l’égalité dès le plus jeune âge.
Propositions
- Adopter une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles. Mobiliser 2,6 milliards d’euros par an pour lutter contre les VSS, dès maintenant, en appliquant réellement les dispositifs déjà prévus par le droit. Ces financements permettront notamment de valoriser le rôle des associations qui agissent en faveur de l’élimination des violences.
- Lutter contre le sexisme et les stéréotypes de genre : mobiliser la société, augmenter le budget dédié à l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) au collège et au lycée, pour déconstruire les préjugés et garantir l’effectivité de ces formations pour tous les élèves, dans tous les territoires.
- Contrer la mouvance masculiniste qui objectifie et dévalorise les femmes, faire de la lutte contre le masculinisme en ligne une priorité des politiques du numérique et apprendre aux jeunes à identifier les discours masculinistes, via l’éducation aux médias.
- Prévenir les violences et libérer la parole :
- Créer un système de détection, de signalement, de protection et d’accompagnement efficace en formant et en sensibilisant tous les acteurs (école, familles, élèves, professionnel·les de santé et social) sur les VSS.
- Sensibiliser et doter les secteurs dans lesquels les VSS sont encore passées sous silence tel que le sport, la politique, l’hôtellerie, le monde du spectacle de moyens clairs pour permettre de les détecter.
- Rendre obligatoire pour toute structure bénéficiant d’argent public de disposer d’un protocole écrit de prévention, de signalement et de traitement des VSS.
- Inscrire la prévention des VSS dans les négociations collectives.
- Briser le silence sur les VSS en milieu rural et en outre-mer : déployer des permanences mobiles d’écoute et former les acteurs locaux (maires, soignants, sociaux) au repérage et à l’orientation des victimes.
- Écouter et protéger les victimes, avec l’ouverture de lieux d’accueil spécialisés 24h/24 dans chaque département, permettant aux victimes d’être accueillies, écoutées, examinées, protégées, orientées et accompagnées. Repenser le traitement des VSS par la police et la gendarmerie. Réserver des places prioritaires aux femmes victimes de violences, dans le cadre du plan de création de logements, pour assurer un relogement digne et sûr.
- Renforcer la protection et la prise en charge des victimes de violences trop longtemps invisibilisées telles que les mutilations sexuelles, les violences gynécologiques et obstétricales, les mariages forcés, les violences que subissent les personnes étrangères ou en situation de handicap, les cyberviolences.
- Réformer le traitement juridique des victimes de VSS, en mettant fin à la correctionnalisation des viols (un viol est un crime et doit être jugé comme tel en cour d’assises), en créant des unités de juridiction spécialisées, en renforçant la place de la victime dans le procès et en faisant évoluer les actes et méthodes d’investigation. Inscrire le terme féminicide dans le code pénal.
- Créer une peine d’inéligibilité obligatoire pour les auteurs reconnus coupables de violences sexuelles ou intrafamiliales, et ouverture d’un débat législatif sur des mécanismes conservatoires de suspension des fonctions électives lorsque la gravité des faits reprochés et les impératifs de protection des victimes l’exigent.
Égalité au travail et à la maison
Les femmes restent structurellement désavantagées face au travail, qu’il soit professionnel ou domestique. Dans le monde professionnel, elles gagnent encore 14,2 % de moins que les hommes, subissent des temps partiels, des emplois instables et elles sont massivement concentrées dans les métiers les moins rémunérés : soin, nettoyage, petite enfance, services à la personne. Cette ségrégation explique que deux tiers des travailleurs pauvres sont des travailleuses. À ces inégalités s’ajoutent des violences systémiques : 30 % des salariées déclarent avoir subi du harcèlement ou des agressions sexuelles au travail, alors que 82 % des employeurs ne disposent d’aucun plan de prévention. Ces violences sont un frein à l’accès des femmes à certains secteurs, à leur maintien dans l’emploi et à leur évolution professionnelle. Parallèlement, les femmes assurent toujours près des trois-quarts du travail domestique non rémunéré (ménage, courses, soins aux enfants). En France, environ 25 % des familles sont monoparentales – contre 9 % il y a 50 ans -, et parmi elles, plus de 80 % sont dirigées par des femmes, souvent frappées par la solitude et la précarité. Partager réellement le travail, rémunéré comme non rémunéré, nécessite de revaloriser les métiers que les femmes occupent majoritairement mais aussi de déconstruire les normes de genre. Tant que le travail domestique, le soin et le lien resteront considérés comme des responsabilités « naturelles » des femmes, l’égalité restera hors de portée.
Propositions
- Favoriser un égal partage du temps entre travail et vie familiale en instaurant des congés de paternité et de maternité réellement égaux, en durée comme en obligation, et un véritable service public de la petite enfance qui garantisse une solution de garde pour chaque enfant.
- Soutenir les familles monoparentales :
- Créer un statut de famille monoparentale qui ouvre des droits pour le logement, les solutions de garde (crèche), la culture, les loisirs, adossé à des grilles tarifaires solidaires et réduites pour toutes les activités périscolaires.
- Développer les offres de logement regroupées pour les familles monoparentales.
- Assurer, en lien avec les communes, des services de garde d’enfants avec horaires flexibles et spécifiques.
- Permettre l’adaptation du temps de travail, avec garantie d’aménagement des horaires.
- Initier une réforme fiscale afin de soustraire la pension alimentaire du revenu imposable des familles monoparentales.
- Permettre et favoriser l’accès aux vacances en aidant au financement de séjours.
- Agir pour l’égalité en milieu professionnel :
- Inverser la charge de la preuve en matière de discriminations salariales femmes-hommes. Il reviendra à l’employeur de démontrer qu’il n’y a pas discrimination. Rendre publiques les grilles salariales par poste dans toutes les entreprises de plus de 50 salariés.
- Conditionner les aides publiques aux entreprises au respect de l’égalité salariale et à la prévention des violences sexistes et sexuelles.
- Intégrer des référentes et des référents égalité et VSS dans toutes les entreprises et administrations, avec moyens dédiés.
- Instaurer la parité dans les instances de direction des entreprises (conseils d’administration, conseil de surveillance), par un quota de femmes dans ces instances atteignant 50 %.
- Valoriser et mieux reconnaître les métiers féminisés, en revalorisant financièrement les métiers du service et du soin et en révisant les critères de pénibilité afin qu’ils intègrent pleinement les réalités des métiers féminisés : charges répétées, station debout prolongée, contraintes émotionnelles liées au soin, à l’accueil ou à l’accompagnement des personnes, horaires morcelés et intensification du travail.
- Lutter contre les stéréotypes en formant les professionnels de l’enfance, pour sensibiliser les enfants afin de faire évoluer les représentations du travail et du partage des tâches domestiques.
- Sensibiliser les hommes sur les moyens contraceptifs masculins, souvent totalement ignorés, encore extrêmement tabous (contraception thermique, vasectomie…) pour partager la charge contraceptive.
Répondre aux besoins de santé des femmes
Malgré une espérance de vie plus longue, les femmes vivent en moins bonne santé à cause d’une société qui a ignoré leurs besoins. En ignorant et en sous-diagnostiquant leurs pathologies spécifiques (endométriose, ménopause, syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP), adénomyose,…), en négligeant les risques liés aux métiers féminisés et l’impact des violences, en entretenant le tabou autour des menstruations et du post-partum, le patriarcat a instauré un contrôle social sur le corps des femmes plutôt que d’en assurer le soin réel. Historiquement centrée sur l’homme, la recherche médicale a mis de côté les particularités féminines, notamment dans l’étude des maladies cardiovasculaires ou de la dépression. La sous-représentation des femmes dans les essais cliniques fausse l’évaluation des traitements et des dosages. L’accès aux soins pour IVG, accouchement, l’accompagnement pré et post-partum, ou la contraception, pâtit de la désertification. Cette invisibilisation porte durablement atteinte à la santé, à l’autonomie et aux conditions de vie des femmes. Il est temps d’y mettre fin !
Propositions
- Garantir un accès à l’IVG universel et gratuit, partout en France. Soutenir l’initiative citoyenne européenne « Ma voix, mon choix » pour garantir un accès à l’avortement sur et légal pour les 20 millions d’européennes qui en sont privées.
- Lutter contre la précarité menstruelle, sexuelle et reproductive, en assurant la distribution gratuite de protections menstruelles dans les entreprises, les administrations, les établissements scolaires et d’enseignement supérieur et en créant un droit au congé menstruel ou plus largement « congé santé reproductive et sexuelle » pour les femmes connaissant des règles douloureuses, de l’endométriose, une IVG, un arrêt spontané de la grossesse (« fausse couche»), une ménopause douloureuse ou une grossesse compliquée.
- Développer la prévention et l’offre de soins dédiés aux pathologies féminines, trop longtemps ignorées ou minimisées.
- Créer un observatoire national de la santé des femmes au sein de Santé publique France.
- Créer des centres pluridisciplinaires de santé des femmes dans chaque territoire sous-doté, associant sages-femmes, gynécologues, médecins généralistes, infirmières et infirmiers, psychologues.
- Assurer une formation complète du personnel soignant et des professionnel-les de l’éducation sur les pathologies féminines.
- Financer la recherche sur les pathologies féminines spécifiques (endométriose, ménopause, interruptions spontanées de grossesse, nausées de grossesse) et développer des remèdes efficaces.
- Informer les femmes sur les symptômes spécifiques à leur genre pour mieux détecter certaines pathologies.
- Porter l’ambition d’un modèle d’accompagnement global à la PMA, soutenu par des moyens financiers adaptés. Offrir un soutien tant médical que psychologique pour traverser ces étapes, afin de garantir à chaque projet familial un parcours médical digne, serein et respectueux de la santé des personnes.
- Ouvrir l’activité de don de gamètes et d’embryons à tous les centres d’AMP agréés (publics et privés) afin de réduire les délais d’attente à l’échelle nationale, tout en harmonisant les pratiques d’attribution, sur le modèle du don d’organes.
- Garantir aux femmes en situation de handicap un accès effectif aux soins périnataux, en créant dans chaque maternité publique et conventionnée un espace d’accueil accessible, équipé et formé à la prise en charge spécifique de ces grossesses.
Lutter contre l’exploitation sexuelle et reproductive
Accaparé, contrôlé, marchandisé, le corps des femmes est encore considéré comme disponible et exploitable. Prostitution, traite, gestation pour autrui et industrie pornographique s’inscrivent dans un même continuum de violences, qui frappent particulièrement les plus vulnérables. La France a rejoint depuis 2016 les pays abolitionnistes en supprimant toute sanction pénale à l’encontre des personnes prostituées, en créant une infraction d’achat de services sexuels et en instaurant un parcours de sortie de la prostitution. Cette politique doit être amplifiée et le système prostitutionnel (proxénètes et clients) plus fermement combattu. En 2024, 12 486 victimes d’exploitation sexuelle ont été enregistrées, à 89 % des mineur-es et à 94 % des femmes, pour des auteurs qui neuf fois sur dix sont des hommes. La prostitution des mineures a explosé ces dix dernières années, touchant des adolescentes, souvent issues de l’aide sociale à l’enfance (ASE). La lutte contre l’exploitation sexuelle et reproductive doit être menée de façon pragmatique et lucide, en refusant la stigmatisation des victimes et en garantissant leur accès effectif aux droits et aux soins.
Propositions
- Lutter contre l’exploitation sexuelle des mineures et des mineurs en criminalisant l’achat de service sexuel aux mineur-es, en rendant systématique la mise à l’abri immédiate et l’ouverture d’enquêtes pour traite ou proxénétisme en cas de prostitution d’un·e mineur·e. Renforcer la prévention sur les risques de l’exploitation sexuelle et reproductive, notamment en ligne (nudes, réseaux sociaux), afin que les jeunes adultes en connaissent les dangers. Harmoniser la législation européenne pour lutter efficacement contre l’exploitation sexuelle en ligne : preuve numérique, responsabilisation des plateformes, retrait rapide des contenus illicites et restrictions d’accès aux mineur-es.
- Protéger les personnes prostituées de la violence des proxénètes et des clients, et accompagner leur réinsertion. Assurer un traitement policier digne et non discriminatoire ou stigmatisant de leurs plaintes. Renforcer la prévention sur le terrain en soutenant les associations. Favoriser la sortie de la prostitution et la réinsertion en levant les obstacles sociaux et économiques, en s’appuyant sur des centres d’accueil pour la réinsertion qui proposent une aide complète (formation, soins médicaux, soutien social et financier).
- Refuser et interdire la GPA (gestation pour autrui). Renforcer les partenariats internationaux contre l’exploitation reproductive, en priorité contre les GPA commerciales et les détournements de l’adoption internationale. Rechercher les conditions d’un débat éthique pour permettre aux familles de se construire en dehors de toute logique d’exploitation.